J’avais vingt-cinq ans ; je suis devenu avocat. Je me sentais adulte. On m’appelait Maître et ça me faisait plaisir.


J’avais trente ans, je n’avais toujours pas publié. J’étais triste. A aucun moment je ne me suis remis en cause ; j’étais légitime à écrire.


J’avais trente-cinq ans. Ma mère allait bientôt mourir. On nous répétait cette phrase depuis plusieurs années.


J’ai quarante ans (bientôt, à l’heure où j’écris ces lignes, au crayon de papier, dans une voiture entre Los Angeles et Las Vegas ; cette destination est absurde. Mon ami Arthur m’a convaincu que tout écrivain devait y passer vingt-quatre heures dans sa vie.)

J’avais cinq ans. J’ai ouvert un livre dans l’escalier de la cité HLM où nous habitions. J’attendais que les lettres s’ouvrent, me parlent ; elles restaient muettes. Mon père m’a rassuré : « Attends un an et tu comprendras tout. »


À dix ans, j’ai écrit un testament ; j’avais demandé à mon petit frère de faire comme moi. On s’est lus nos dernières volontés. Puis on a eu peur et on les a déchirées.


J’avais quinze ans ; je suis tombé amoureux de mon premier amant.


J’avais vingt ans ; je recevais des réponses négatives d’éditeurs.